Histoire de Mār Abba

L’Histoire de Mār Abba, catholicos de l’Église d’Orient (BHO 595), est l’un des grands textes de la littérature syriaque orientale et l’un des plus célèbres compte-tenu du statut même du protagoniste. Sa valeur historique, comme les autres textes de la période de Husraw Ier, doit être soulignée. Le parcours de Mār Abba est particulièrement riche. Lui-même fut un grand lettré, homme de culture mais aussi grand administrateur qui sut réformer Église d’Orient à un moment crucial de son histoire. Abba était un zoroastrien travaillant dans l’administration étatique auprès du secrétaire de l’āmārgar du Bēth-Aramāyē en Babylonie. Il se convertit à la suite d’une rencontre avec un jeune ascète bar qeyama et entreprend un cursus académique dans les plus grands centres culturels de l’Orient: d’abord à la célèbre école théologique de Nisibe, puis à Édesse, Alexandrie et enfin, après un parcours en Grèce et à Athènes, à Constantinople. Cette paideia le forme à la controverse dans laquelle il devait s’illustrer en particulier ses anciens coreligionnaires mazdéens. Élu catholicos en 540, il entreprend une vaste œuvre de réforme au sein de l’Église syro-orientale d’abord en matière de discipline ecclésiastique, en réintroduisant le célibat pour les prêtres, ensuite en mettant définitivement fin au long schisme qui avait déstabilisé les provinces. Dénonce comme apostat du zoroastrisme, il est envoyé captif en Ādurbādagān où il reste plusieurs années. Emprisonné et enchaîné, conduit à la suite des déplacements des armées, il est finalement assigné à résidence par intervention directe du roi et meurt en 552 des suites des mauvaises conditions de sa longue détention. S’il n’est pas à proprement parler un martyr, mais un confesseur, il fut commémoré comme tel au calendrier liturgique.

L’Histoire du catholicos Mār Abba est conservée dans 2 manuscrits: le ms. Berlin or. Oct. 1257 (olim Marburg), copie du ms. 96 de Diyarbékir, aujourd’hui perdu, et le ms. du Vatican sir. 597 du XVIIe siècle. Certaines sources arabes chrétiennes ont conservé des récits syriaques circonstanciés de l’Histoire ; ainsi l’Histoire syro-orientale de Séert [1] qui comporte plusieurs notices sur le catholicos avec des données absentes du texte syriaque tel qu’il a été transmis par les manuscrits connus à ce jour. Mentionnons également le Livre de la tour et du gué de Mari ibn Suleyman, un auteur et compilateur du XIIe siècle, ainsi que ‘Amr ibn Mattaï de deux siècles postérieur [2].


Voir les manuscrits.


 

[1] Scher, A., Histoire nestorienne (Chronique de Séert) II/2, (Patrologia Orientalis 13), Paris, 1919, notices XXVII à XXX. Cf. Jullien, F., Histoire de Mār Abba, catholicos de l’Orient. Martyres de Mār Grigor, général en chef du roi Khusro Ier et de Mār Yazd-panāh, juge et gouverneur, (CSCO 658-659, Script. Syr. 254-255), Louvain, 2015.

[2] Gismondi, H., Maris, Amri et Slibae De patriarchis nestorianorum commentaria, Pars prior, p. 43-46 ; ibid., Pars altera, p. 23-24.

/ / html